Si Paul Mac Lean, éminent neurobiologiste américain, a introduit en 1969, sa théorie du « cerveau triunique » afin de nous livrer un modèle vulgarisé de l’architecture fonctionnelle cérébrale, je suis tentée de l’aborder ici en terme de « Batteries rechargeables », interconnectées pour alimenter un tout : l’accès à une reconnaissance identitaire par le biais de notre potentiel de ressources cognitives et comportementales !

Notre Batterie Vitale : le système reptilien, dit archaïque (Inconscient)

Cette partie de notre cerveau, localisée dans le cervelet, est aux commandes de notre système nerveux central et assure notre survie. Elle correspond également à notre mémoire génétique dont les informations sont transmises de génération en génération par l’ADN. En plus que d’orchestrer nos fonctions vitales, sous forme d’automatismes comme respirer, se mouvoir, boire, manger, dormir, éliminer, s’accoupler, se reproduire, se protéger des dangers environnementaux, agresser, fuir et se réfugier…, nos pulsions, besoins primaires, réflexes de défense et compulsions de tous ordres y prennent racine. Au niveau de cette Batterie Vitale, les programmations comportementales encodées et manifestées, ne bénéficient d’aucune forme logique et éthique. Il s’agit simplement de satisfaire à ce que nous considérons comme étant utile à notre survie.

  1. Notre Batterie Identitaire : le système limbique ou paléo-mammalien (Inconscient)

Cette partie intermédiaire de notre cerveau correspond à notre mémoire, dite « profonde ». En effet, les milliards de neurones qui s’y logent ont pour seule mission de stocker les informations perçues par nos cinq sens (la vue, l’ouïe, la peau et le toucher, l’odorat et le goût), ce depuis l’âge fœtal et de façon définitive (cf. page ressources et vous). Notre vécu existentiel est un ensemble d’expériences sensorielles, mémorisées sous forme d’images mentales, plus communément appelées « souvenirs », systématiquement reliées à des émotions. Ces émotions ne sont autres que des réponses d’adaptation aux différents stimuli activés par notre environnement. En tant que décharges électromagnétiques, elles propagent dans l’ensemble de notre système cérébral des ondes de fréquence de polarité positive (j’aime, je m’aime, j’apprécie, je suis fière de moi, j’adore, je profite, j’accueille, je prends, je sais recevoir…), ou négative (je déteste, je me déteste, cela ne me convient pas, je me sens mal à l’aise, je refuse de recevoir, je me sens malheureux…), ou encore neutre (bof ! ça m’est égal, de toute façon je m’en fous…). Nos émotions produisent des comportements qui auront pour vocation de mobiliser des ressources identitaires, grâce au renouvellement d’expériences plaisantes, à l’évitement d’expériences déplaisantes, ou encore à leur reproduction jusqu’à leur donner un nouveau sens selon le niveau de souffrance atteint (le seuil limite étant celui du STOP et FIN parvenant à la conscience, générateurs de changement).  Cette échelle d’appréciation émotionnelle, également reconnue comme « échelle de valeurs », reste individuelle et contient une logique qui n’a de sens que pour l’individu qui l’aura bâtie à partir de son propre vécu. Elle définit sa personnalité toute entière. L’estime de soi y est associée.

  1. Notre Batterie Mentale : le système cortical ou cognition (Conscient)

Cette partie supérieure du cerveau correspond au cortex, ou néo-cortex, plus communément appelée intelligence, matière grise, ou encore méninges… Il s’agit d’une zone de mémoire courte car elle ne détient que temporairement les informations sensorielles utiles à la fabrication de nos pensées et à la détermination de nos choix. De surcroît, s’y effectue en permanence un tri sélectif visant à produire les comportements d’adaptation les plus judicieux pour notre équilibre identitaire. La théorie du traitement de l’information de George A. Miller (1956) a démontré que nos pensées conscientes se limitent à une fourchette de 5 à 9 informations simultanées. Ceci nous amène à reconnaître que lorsque nous pensons, nous nous limitons… Et cette limite se ressent très nettement lorsque la fatigue s’installe, qu’une accumulation d’informations ou d’épreuves existentielles nous oblige à accélérer ce fameux tri sélectif imposé par notre système cognitif, pour faire face au stress… et prendre la décision d’agir.

A l’appui de nombreux travaux menés par d’éminents neurochirurgiens et neurophysiologistes comme Roger Sperry (Prix Nobel en 1981) et Joseph Bogen, une remarquable distinction a pu être démontrée. Notre Batterie Mentale commande le langage verbal (ou langage digital) associé à la logique (et comme nous le savons bien : à chacun sa logique !), la réflexion, la compréhension, le raisonnement, depuis l’hémisphère gauche, puis l’anticipation, la volonté, la créativité, l’imagination, la rêverie et l’intuition depuis l’hémisphère droit.

Pour élucider quelques interrogations opportunes à propos des comportements du BON, de la BRUTE et du MÉDITANT qui se logent en nous, j’avancerai ces réponses qui valent ce qu’elles valent !La pleine conscience de soi, 3 « Batteries cérébrales » à harmoniser !

Chez le BON en nous, la quête de reconnaissance identitaire se manifeste par une suite d’actions et d’engagements qui vise le seul but de se mettre au service des autres afin de se sentir gratifié, ponctuellement ou en permanence. Á l’excès, le BON en oublie de se mettre au service de son propre bien-être et de son épanouissement, considérant que le sens de sa vie ne trouvera d’issue positive que dans l’abnégation de soi. S’il s’agit d’un choix conscient, telle une vocation, une mission, une volonté assumée, ce rôle lui apportera satisfaction.

Chez la BRUTE en nous, la quête de reconnaissance identitaire se manifeste par une suite d’actes et de comportements compulsifs, potentiellement destructeurs, car les autres représentent des dangers pour sa survie… La blessure narcissique pointe son bout d’histoire vécue ! Car d’un engrammage négatif, naît une reproduction automatique de schémas de pensées et comportements dont le but est de légitimer le vécu, à savoir lui donner du sens en une réalité existentielle à démontrer en la pérennisant. L’issue trouve son sens dans l’agressivité, dans la maltraitance, ou encore dans la violence. Telle une véritable « planche de salut » pour ce trop plein de souffrance dont elle ne sait que faire, la BRUTE se trompe de canal d’évacuation et de résolution, en s’infligeant ou en infligeant à autrui une cohorte de mots et comportements à visée dévalorisante, irrespectueuse, humiliante, manipulatrice, maltraitante… Pour autant, elle y trouve son compte, car elle a un sentiment de pleine puissance en cette forme d’expression cathartique. « En faisant mal, j’ai moins mal ! », une croyance délibérément adoptée par l’inconscient. S’il s’agit d’un choix conscient, telle une vocation (ce qui peut être le cas pour certains), ce rôle lui apportera satisfaction, en dépit des dégâts collatéraux causés !

Chez le MÉDITANT en nous, une véritable connexion à visée d’harmonisation des trois systèmes cérébraux est en marche ! Des impulsions aux émotions, la raison autorise alors l’évolution. Il faut être courageux pour être heureux… Avoir ce regard sur soi, facilité par une volonté de s’auto-confronter, permet de réguler et de résoudre bien des situations de conflit identitaire comme seule réponse valable au traitement des colères et blessures mémorisées.

MÉDITER, c’est respirer, se calmer, se centrer, faire le tri, accueillir son histoire de vie sans jugement, se débarrasser de toute culpabilité, évacuer les expériences négatives, pour ensuite analyser et prendre en compte ses leçons de vie, accepter de rebondir, harmoniser, pardonner, et renforcer le BON en soi pour apprivoiser la BRUTE ! S’en suit la mobilisation de nouvelles formes de pensée, plus optimistes, fondées sur les possibles d’un bien-être qui s’abstient de blessures et qui devient simplement un nouvel état d’être équilibré, paisible et harmonieux. La nature n’est rebelle que face au danger. Alors quels sont ces dangers qui méritent d’être réévalués lorsqu’il s’agit d’épanouir notre propre nature humaine, notre personnalité ? Peut-être qu’ils sont simplement enfouis, cachés dans notre système limbique, notre Batterie Identitaire, notre mémoire sensorielle, et qu’il s’agit de ces maladresses et blessures égotiques générées par autant de circonstances dont nous n’avons pas eu l’opportunité de nous défendre à l’époque de cette enfance ou de cette adolescence qui aura pourtant participé de ce que nous sommes devenus à l’âge adulte !

L’être en conscience est un être qui évolue.La pleine conscience (mindfulness), un terme marketing en vogue, en faisant référence à un haut niveau de sagesse, n’a pas grand-chose à voir avec du marketing… Passons ! Elle pointe le nécessaire absolu d’une démarche de pause. Apprendre à faire des pauses dans un quotidien de plus en plus pervers au sens d’un tri sélectif aux buts imposés et non choisis par soi et pour soi, prendre du recul, retrouver et redonner du sens  à nos actions méritent de méditer. Se recentrer sur des valeurs conscientisées, rester fidèles à qui nous voulons être en apprenant à l’exprimer, constituent sans aucun doute un de ces challenges de nos temps modernes. Comme depuis toujours, les plus courageux participeront à cette évolution individuelle et collective.

En considérant qu’il est possible, à tout moment et à tout âge, de recharger sa Batterie Mentale, une nouvelle vocation teintée d’empathie, de bien-être et d’épanouissement, tout un chacun trouvera son terrain d’expression identitaire à déployer tant à titre personnel qu’interpersonnel (en famille, au travail…).

Pour illustrer cet article, j’inclus cette vidéo qui frise l’insupportable. Pour autant, elle reste un excellent support à la réflexion et à l’introspection, car avant d’être bons et méditants, la méconnaissance de soi, la colère et la frustration, nous enseignent comment être méchants !